Les services de déminage face au terrorisme

Déminage; terrorisme

Interview de Bruno Bergeron

Mis en ligne janvier 2017

Agora Mag En Toute Sécurité : Pourriez-vous nous donner quelques chiffres sur les services de déminage à Paris ?

Bruno Bergeron : à Paris, 50 à 60% de nos interventions ont lieu dans les transports en commun (métro, gares). En 2016, mes services ont effectué 2 800 sorties pour des paquets et des véhicules suspects. 24 démineurs montent une garde en continu 24h/24.

Quelles évolutions des technologies et des pratiques de la part des terroristes avez-vous pu observer ?

B.B. : la menace terroriste à laquelle la France est confrontée depuis les années 1980 a changé. Les modes opératoires ont évolué. Dans les années 1980/1990 les terroristes déposaient des engins explosifs. Aujourd’hui, est venue se greffer une logique de tuerie de masse à l’aide d’armes de guerre. Des kamikazes se font exploser. Ils sont mobiles, bougent, se noient dans la foule pour passer inaperçus ce qui constitue une difficulté supplémentaire pour les services de sécurité.

Quelles seraient vos recommandations de bonnes pratiques aux directeurs sécurité des grands groupes ?

B.B. : en premier lieu, établir un périmètre de sécurité. Il est impératif que les services de sécurité mettent le public hors de danger. Une explosion produit deux phénomènes : une projection d’éclats et le souffle aussi fréquemment appelé blast. Il est indispensable d’abriter la population des projections derrière des structures bâtimentaires.

En ce qui concerne le blast, il n’y a que la distance qui puisse protéger. D’où l’importance de faire reculer au maximum le public. Le problème de souffle décroit très vite : on peut alors réduire un peu la distance de sécurité à une centaine de mètres. Mais le public doit impérativement rester derrière les rubalises. Les projections d’éclats ne sont pas à prendre à la légère. Les services de sécurité doivent être sensibilisés à la mise à l’écart et à la protection des populations.

Peut-on faire de la prévention en matière de déminage ?

B.B : la prévention dans notre domaine est compliquée. Il faut être vigilant. Tout objet inhabituel, qui n’a rien à faire là où il se trouve, doit être signalé. Les services de sécurité ne doivent en aucun cas manipuler un sac ou paquet suspect. Ce que nous attendons d’eux ? Tout d’abord, lever le doute en menant une petite enquête pour savoir si ce sac n’appartient pas à quelqu’un. Puis appeler la police qui confirmera le périmètre de sécurité et préviendra les services de déminage. A Paris, mes services interviennent immédiatement.