Le phénomène de radicalisation en entreprise

D’après un sondage réalisé auprès des directeurs sécurité d’Agora, 82% n’ont pas mis en place de politique de sensibilisation au phénomène de radicalisation et 43% pensent que leur politique est améliorable.
Quelles
bonnes pratiques leur recommanderiez-vous ?

O.de M. : Pour commencer, ne surtout pas ignorer le sujet. Refuser l’amalgame ne veut pas dire ne rien faire. Il faut être précis sur les indicateurs/indices que j’évoquais précédemment. Les directeurs sécurité doivent informer les salariés de leur société sur les dispositifs publics de signalement à leur disposition pour faire remonter d’éventuels incidents.

Chaque entreprise doit être au clair sur ce qu’elle accepte (ou n’accepte pas) en termes de faits religieux pour s’adapter en conséquence (management, règlement intérieur, fiches de poste, congés, etc.).

L’idéal serait de traiter le problème en groupe de travail faisant intervenir l’ensemble des services de la société. Je conseille aux directeurs sécurité de s’appuyer sur les travaux de l’Observatoire de la laïcité. L’essentiel étant d’anticiper !

Agora Mag En Toute Sécurité : Comment les directeurs sécurité peuvent-ils détecter d’éventuelles radicalisation au sein de leur société ?

Olivier-Pierre de Mazières : Il existe des indicateurs de radicalisation sur lesquels les directeurs sécurité doivent s’appuyer.

Mais il faut être prudent : un basculement ne peut être révélé que par un faisceau d’indices, certains plus importants que d’autres. Ces indicateurs sont, entre autres, une rupture sociale (familiale, professionnelle,…), un changement dans les choix vestimentaires, une radicalisation religieuse, un discours complotiste ou prosélyte. Ces éléments sont capitaux dans certains contextes, moins dans d’autres.

Les directeurs sécurité doivent être au clair avec ces indices sans pour autant tomber dans l’amalgame. C’est pourquoi, j’insiste toujours sur les indicateurs qui doivent attirer leur vigilance.

Mais aussi sur ceux pour lesquels la méfiance n’est pas de mise. Cependant, en cas de doute, je suis très clair : ils ne doivent pas s’abstenir. Je leur recommande de signaler !

Existe-t-il un profil des radicalisés ? Des facteurs aggravants ?

O. de M. : Au niveau national, les femmes représentent 25 à 30% des radicalisés, les mineurs 15 à 20%. La moitié ont déjà eu des démêlées avec la justice (délinquance de droit commun) et 15% présentent des troubles psychiatriques. Quatre facteurs aggravants ont pu être identifiés par nos services : le risque métier, une maladie psychiatrique, des antécédents judiciaires et/ou la pratique de sports spécifiques type free-fight, tir.