La Brigade des sapeurs-pompiers face aux enjeux du terrorisme

Terrorisme

Avec Le Général Philippe Boutinaud

Mis en ligne juin 2017

Agora Mag En Toute Sécurité : Comment la BSPP se prépare-t-elle pour faire face aux attaques terroristes ?

Philippe Boutinaud : il ne faut pas oublier que la BSPP fait régulièrement face à des vagues d’attentats. Nous gardons en mémoire ces évènements dont nous tirons nos enseignements. Nous croisons nos apprentissages avec l’expérience de brigades étrangères (Tokyo, New-York,…) C’est ainsi qu’est né en 1978 le Plan rouge. Après les attentats de Madrid en 2004, nous nous sommes demandés comment réagir si plusieurs sites étaient attaqués simultanément. Puis, suite aux attentats de Londres en 2005, nous avons mis en place le Plan rouge alpha qui instaure un tri des urgences.

Les terroristes sont dans une logique de guerre : ils montent des opérations de reconnaissance, se préparent, s’entraînent, annoncent leurs projets et leurs intentions dans des publications islamistes intégristes. Nous exploitons ces ressources pour faire face à leurs attaques. Même si elle mérite d’être améliorée, nous avons déjà cette culture du renseignement.

Enfin, nous faisons très, très, régulièrement des exercices qui portent leurs fruits. Nous l’avons constaté lors des récents évènements au Carrousel du Louvre.

 

Agora Mag En Toute Sécurité : Au Bataclan, vous auriez pu agir autrement ?

P.B. : la question qui revient régulièrement est la suivante : et si vous étiez rentrés plus tôt dans la salle de spectacle ? Ma réponse est sans ambiguïté : nous n’aurions pas pu sauver plus de personnes. C’était le Rwanda. La plupart des spectateurs sont morts dans les premières secondes. Il n’existe pas de gestes permettant d’éviter une hémorragie massive. En l’espace d’une heure nous avons réussi à mobiliser 21 ambulances de réanimation. Tous ceux qui pouvaient être sauvés l’ont été.

 

Agora Mag En Toute Sécurité : Que peuvent faire les directeurs sécurité en cas d’attaque terroriste dans leur entreprise ? Quelles bonnes pratiques leur recommanderiez-vous ?

P.B. : depuis les attentats du 13 novembre, les casernes sont ouvertes les samedis après-midi pour apprendre aux civils à arrêter une hémorragie et faire un massage cardiaque. Ce que nous attendons des directeurs sécurité est avant tout de porter la bonne parole en faisant connaître cette initiative et les gestes de premiers secours. Parlez-en autour de vous, à vos collègues, votre famille, vos amis… Incitez-les à participer à ces portes ouvertes. En France, seulement 20% de la population est formée au secourisme, alors que c’est 75% de la population en Norvège. Nous accusons un énorme retard dans ce domaine.

Au-delà de ça, il est très difficile de donner des conseils pour réagir en cas d’attaque terroriste. Il vous faut accepter que durant les 20 premières minutes ce sera le chaos. Quel que soit votre préparation !